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LE PRESIDENT MILLERAND AU PUY (39e chapitre)


Nous avions en 1923 un enfant du pays, Laurent Eynac, ministre de l'Aéronautique. Peut-être était-ce lui qui avait incité le président de la République à faire un détour par notre région lors de son voyage en Auvergne.

Son passage au Puy avait été organisé très sérieusement. Le maire du Puy et ses adjoints avaient porté à l'Elysée une lettre d'invitation fort officielle. La halte au Puy et les différentes manifestations étaient acceptées par la présidence et le protocole.
Comme la visite du président avait lieu le lundi 9 juillet, nous avions eu l'autorisation de travailler le samedi et de nous reposer le lundi afin d'assister aux manifestations.
Informés par le journal  «  La Haute-Loire », Paul et moi allâmes dès le dimanche soir assister au concert offert aux Ponots dans le jardin Vinay.
 L'Harmonie du Velay et l'Orphéon s'étaient partagés les applaudissements d'une foule conquise.
Nous nous mêlâmes ensuite à la foule bon enfant qui suivait la retraite aux flambeaux et qu'entraînaient les accents martiaux de la fanfare du 14ème Régiment des Dragons de Saint-Etienne de passage au Puy.
Le lundi matin, précédent le président, le ministre de l'Hygiène; de l'Assistance et de la Prévoyance sociale inaugurait ou visitait hôpitaux, dispensaires, Caisse d'Epargne, plaques commémoratives, assistait à de nombreux conseils. Enfin, le pauvre était utilisé au maximum de son emploi du temps.
Mais nous en avions assez de le suivre dans tous ses déplacements et nous attendions avec impatience l'arrivée du président.
Venant de Saint-Flour, où il avait participé à un banquet, monsieur Millerand s'était arrêté à Brioude, Langeac, Fix, Saint-Geneys, Borne et enfin Espaly où un arrêt-toilette avait été prévu.

  Je me souviens de son arrivée au Puy vers la fin de l'après-midi. Il faisait très chaud et j'avais pris le grand chapeau de paille que Paul m'avait offert à Pâques.
Dans le cortège de voitures, on reconnaissait notre ministre, notre maire, le ministre Le Trocquer, nos députés et sénateurs, enfin toutes les personnalités du département. Vraiment, il y avait du beau monde.
Les coups de canons, les cloches de toutes les églises du Puy, les cris, les vivats et les applaudissements de la foule placée tout le long du parcours jusqu'à l'Hôtel de Ville créaient un tintamarre assourdissant.
Je n'assistais pas aux cérémonies devant la mairie. J'étais allée rapidement à « La Dentelle au Foyer » où une réception avait été préparée pour le président. Monsieur Oudin, directeur de l'Ecole, avait demandé aux anciennes élèves d'apporter leur travail et d'être présentes. Une pièce de dentelle réalisée à l'intention de monsieur Millerand devait lui être remise au cours de sa visite. Tout était prêt lorsque le président de la République entra dans notre école. Il admira les vitraux de l'escalier, les dimensions et les fresques de la salle du conseil, et aussi nos dentelles. Très touché par notre cadeau, il prononça un discours dans lequel les mots de paix et de travail revenaient souvent.
Rapidement je partis vers le Jardin Vinay que le président devait traverser pour se rendre à la préfecture où l'attendaient monseigneur l'évêque et les personnalités du département.
 Dans le Jardin Vinay, les groupes folkloriques de la Haute-Loire devaient présenter leurs danses et le couvige de dentellières, dont je faisais partie, son ambiance et la qualité de son travail. Le président et sa suite s'arrêtèrent longuement et admirèrent notre dextérité.
Le soir, un banquet réunissant quatre cent vingt-six personnes fut organisé dans le hall de la gare décorée pour l'occasion.
Pendant ce temps, des salves d'artillerie donnaient le signal de l'illumination de la ville, et du commencement du concert au Jardin Vinay. Plus tard, nous avons encore participé à une autre retraite aux flambeaux dans les rues du Puy et admiré le feu d'artifice tiré depuis  le rocher Corneille où se trouve Notre Dame de France.

         Nous étions fatigués le mardi pour reprendre le travail, mais lorsque, dans la matinée, nous avons entendu les cloches et le canon saluer une dernière fois le président de la République, nous étions fiers de l'avoir aussi bien reçu et de lui avoir montré la beauté de notre ville, le pittoresque du Velay et la délicatesse de notre dentelle.
Le lendemain, en lisant le journal, nous étions moins fiérots et assez déçus par un passage du discours que le président avait prononcé lors du banquet à la gare. En effet, il avait dit en parlant de nous
- Le caractère fortement individualiste du paysan a jusqu'ici retardé le développement de l'esprit associatif. L'industrie de la dentelle reste votre industrie principale, dite classique. Son organisation n'a guère varié depuis le XVIIIème  siècle.
Brièvement, il avait ajouté qu'il appréciait le travail accompli à La Dentelle au Foyer...
C'était court, pas très aimable et pas du tout encourageant ! Bisseigne, un ingrat, ce président pour lequel on avait dépensé beaucoup d'argent ! ! !

 
 

 

 



 
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Mis à jour le 18 janvier 2019
 
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