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63 rayons de miel et ce n'est que le début...

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LA BOURREE (38e chapitre)

 Les années de l'après-guerre ont donné lieu à une période de joie et d'allégresse. 
On disait  « C'est fini, il n'y en aura plus jamais, c'est la dernière ».
Bien sûr, lorsque nous pensions à nos morts, nous avions bien de la peine, mais le temps est un grand sage et un bon médecin. La vie reprenait tout doucement le dessus.
La tradition commandait d'aller visiter au moins une fois par an les membres de sa famille. Nos sœurs et frères, presque tous mariés, habitaient souvent des villages différents. C'était lors de la fête du saint patron du village que les retrouvailles étaient les plus importantes. Nous assistions, endimanchés, à la grand'messe et  aux vêpres, il y avait aussi un long repas et un bal.

Mon mari et moi aimions beaucoup danser. Tout événement était occasion à saisir. On dansait entre amis lors des fêtes familiales, religieuses, civiles, pour les rois, la fête du cochon, le carnaval, le 14 Juillet. Parfois, sans aucune raison, par simple plaisir. Si nous ne connaissions pas toutes les danses modernes, valse, polka ou charleston dont on entendait parler au Puy, il y en avait une que l'on exécutait très bien, c'était la bourrée.

Ah! quel plaisir, et comme la bourrée nous remplissait de joie ! Dès qu'un cabrettaïre, un accordéoniste, un tambour ou un vielleux se trouvaient parmi nous il était immanquablement réquisitionné pour nous faire danser. Dans le cas contraire, nos chants, nos doigts, nos pieds chaussés de « jeannots » ou de souliers, nous fournissaient musiques et rythmes pour nous entraîner.

Nous nous mettions face à face, les hommes en ligne d'un côté, les femmes de l'autre.
Je me souviens... Paul suivait des yeux tous mes mouvements ; si je m'approchais, il s'éloignait ; je me détournais, alors il venait vers moi ; je tournais sur place, il me tournait autour ; je m'enfuyais, il me courrait après.
Comme le veut la bourrée, mon mari ne me quittait jamais du regard. Nos pas nous éloignaient ou nous rapprochaient. Je jouais la coquette, m'esquivais en faisant beaucoup de simagrées. Paul se mettait en colère, prenait un air farouche, tapait du pied, faisait claquer ses doigts, puis redevenait doux comme un agneau. Nos amis exécutaient les mêmes figures.

Malgré le sérieux de rigueur que devait garder Paul, je le voyais parfois s'étrangler d'un rire contenu qu'il transformait en cri aigu, modulé comme il se doit. La bourrée se terminait par des cris,  des « poutous » que poussaient les hommes, suivis de bons baisers qui, parfois, s'essayaient à ne pas être tout à fait honnêtes...
Il y avait une chanson pour bourrée, véritable satire, qui, écrite à l'occasion d'anciennes élections législatives à Cronce, continuait à être chantée et à remporter le même succès. Les paroles, à ce qu'on disait, étaient d'un homme que l'on appelait Jésus-Christ de Chastel. Les voici :

Pé zelechiov à « Cronça »  Pour les élections à «Cronce»
Tout Zaïo bien martiza (bis)  Tout avait bien marché.
Yagué ina victiema   Il y eut une victime
« Dzouzé dé la lieza » (bis)  « Joseph de la Lisa »

« Lou bonvioure » crivada  Le « Bonvîouse » criait :
Tiourant la railligei (bis)  Ils tueront la religion !
« Tsapelé » murmurava  « Tsapel » murmurait :
Mais ayo pas trop liei (bis)  « Ce ne sera pas trop tôt »

« Francouai » de la Bastieda (bis)  « François de la Bastide »
Sabio plus moun passa  Ne savait plus. où passer,
Dé partout bu sounavoun  De partout, on l'appelait
Pé hou meï splica   Pour mieux lui expliquer.

Pé nin tsaba lou conte  En fin de compte.
Lai pas pé aou vouaté (bis)    Il ne sut pas pour qui voter.
Caou vou zou pond dière    Qui a pu vous le dire ?
« Touanet di Raché» (bis)    « Toinet du Raché ».

« Martsandou dé Liénard »  « Martsandou dé Linard »
Fagué lou pé fatza (bis)  Fut le plus fâché
Zéra bien incouléra   Il était bien en colère
Qué ca martsécha pas (bis)  Que ça n'ait pas marché.

« L'ami » dé Cronca Lorbe    « L'ami » de Croncelorbe
Fagué lou pé ruza (bis)  Fut le plus rusé
Proumitigué me toutes  Il promit à tous
Peuisse vous fagué pas (bis)  Et n'en a rien fait.

Caoü sagué lou pé calme  Qui fut le plus calme
Lou filha dé Testud (bis)  Le gendre de « Testud »
Vouaté pé son idéa   Il vota selon son idée
Diégué ri mé dingué (bis)     Sans n'en rien dire à personne.

 
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Mis à jour le 12 novembre 2019
 
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