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63 rayons de miel et ce n'est que le début...

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LA DENTELLE (suite 33e chapitre)

Tout comme dans mon pays, les enfants apprenaient à denteler dès l'âge de cinq ou six ans, cet apprentissage pouvait durer cinq ou six années.

Les journées de travail commençaient vers cinq heures du matin et ne s'achevaient que vers sept heures du soir. De la même façon que dans le Velay ou en Normandie, l'éclairage des veillées se faisait à l'aide d'une petite lampe en cuivre qui augmentait sa luminosité en se reflétant dans une bouteille remplie d'eau pure.


Les dentellières recevaient un modèle du fabricant qui fournissait également le fil. Des acomptes leur étaient versés au fur et à mesure de l'avancement de la pièce de dentelle. Celle-ci terminée, le fabricant en faisait l'estimation et en proposait un prix que les ouvrières étaient libres d'accepter ou de refuser. Dans cette dernière hypothèse, il leur fallait rembourser les avances qu'elles avaient reçues. Bisseigne, c'était chose impossible en raison de la grande pauvreté des dentellières qui, vivant au jour le jour, dépensaient au fur et à mesure ce qu'elles gagnaient.

Les dentellières valenciennoises, tout comme leurs consœurs, étaient propriétaires de leurs outils de travail : le métier, les mille cinq cents épingles en cuivre, les neuf cents ou mille fuseaux. Pouvez-vous imaginer que pour exécuter une fine dentelle de dix centimètres de hauteur, il fallait bien compter huit cents fuseaux ? Je vous assure que pour les manier correctement et confectionner une belle pièce, il fallait beaucoup de patience et de temps.

Célèbre et appréciée, la dentelle de Valenciennes était vendue à Bruxelles, Anvers, Paris, en Angleterre, en Espagne, dans les Indes Occidentales et l’Amérique du Sud.
Mais hélas, progressivement, la fabrication de cette belle dentelle disparut de la ville qui lui avait donné son nom pour être confectionnée en très grande quantité à Bailleul, mais surtout à Ypres et Gand. Dans cette dernière ville la technique s'était légèrement modifiée et le décor enrichi.
Ce qui est surprenant avec la dentelle, et cela dans n'importe quelle région, dans n'importe quel pays, c'est que l'on croit à son oubli, à sa mort et, tout d'un coup, elle renaît spontanément. Le miracle dure cinq ans, dix ans, un siècle. Puis, nouveau coup du sort ; sûr, maintenant, c'est bien fini. Et bien pas du tout, elle s'épanouit plus vivace que jamais. Allez y comprendre quelque chose ! ! ! La dentelle, c'est une vraie femme, fragile, mais indestructible.
La valenciennes ne pouvait disparaître de sa ville... Les cours reprirent quelques années avant la guerre de 1914-1918. Les organisateurs de ces cours, pas plus que les demoiselles Leblond chargées de l'enseignement, ne pouvaient prévoir cette terrible fatalité. Dispensé durant quelques mois, l'enseignement fut suspendu malgré l'intérêt manifeste que les Allemands lui portaient.
Après la guerre, le désir de réouvrir des cours dentelliers était partagé par les responsables de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord, de la Chambre de Commerce et de la Municipalité.
Pour diriger ces cours, mademoiselle Thys, diplômée d'histoire de l'Université de Gand et ancienne élève de l'école de dentelle de Bruges, fut choisie.
Mon amie ne tarissait pas d'éloges sur la compétence de mademoiselle Thys qui donnait des cours aussi bien aux enfants qu'aux adultes. Elle devait par la suite former des institutrices à la dentelle.
A Valenciennes aussi, la tradition dentellière était sauvée.




 
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Mis à jour le 8 novembre 2019
 
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