Facebook Twitter

PROMOTIONS DE NOEL

PROMOTIONS DE NOEL PROMOTIONS DE NOEL

Reportages

LA DENTELLE - (33e chapitre)

Mon voyage à Bayeux m'avait fait découvrir un monde dentellier que j'ignorais totalement. Les dentellières de la Haute-Loire pensaient qu'il ne se faisait de dentelle que chez elles, et cela de toute éternité. Je l'avais cru moi aussi. Mais la découverte des dentelles normandes me poussait à connaître d'autres lieux de fabrication.
J'avais quelques économies, je partis pour Valenciennes où j'étais attendue chez une dentellière.
Je fus reçue avec une gentillesse extraordinaire par une jeune fille à peu près de mon âge et qui ne savait que faire pour m'être agréable. Passionnée par son métier autant que moi, elle me raconta avec fierté l'histoire de la dentelle dans sa ville.
C'était une vieille histoire qui remonterait au XVIème siècle, et débuterait par l'ordre de Charles Quint qui voulait voir fabriquer de la dentelle dans les couvents ou hospices afin de leur procurer quelques ressources.
Mais ce fut de Françoise Badar que mon amie dentellière me parla le plus. Si, dans notre Velay nous avions eu Anne-Marie Martel pour fonder l'ordre des Béates, Valenciennes avait eu la chance d'avoir aussi une femme hors du commun.
Profondément croyante, je ne doute pas, aujourd'hui encore, des miracles ni de la force morale de ceux qui croient en Dieu. L'histoire de Françoise Badar ne m'étonnait donc pas, bien au contraire, elle ne faisait que renforcer mes sentiments religieux et mon amour pour la dentelle.
A sa naissance, en 1624, Françoise Badar était portée par ses parents en l'église Notre-Dame-du-Saint-Cordon et vouée à la Sainte Vierge. D'après ce qui a été écrit, sa mère avait eu une vision, et aurait dit : « Dieu est décidé de se servir de notre Françoise pour de grandes choses.» Orpheline de mère très jeune, elle quittait à quinze ans sa ville natale espagnole, pillée par les soldats français, et se rendait à Anvers pour travailler dans une maison de commerce tenue par deux demoiselles qui lui apprirent à faire de la dentelle. Françoise faisait de rapides progrès. Bientôt, elle devint si compétente que les dames d'Anvers lui amenèrent leurs filles pour qu'elle leur apprenne toutes sortes de points.
Ce fut à Anvers, dans la chapelle des Recollets, devant une image de la Vierge, que Françoise eut une vision qui dura plusieurs heures et qui décida de sa vocation religieuse. Après un séjour de six ans à Anvers, Françoise revint dans sa ville natale où, grâce à un petit pécule gagné par son travail, elle fonda un ouvroir en 1646.
Plusieurs jeunes filles vinrent apprendre à faire de la dentelle, et Françoise créa un réseau commercial afin d'écouler leur production. Deux ans après, elle agrandissait l'ouvroir et augmentait le nombre de ses ouvrières. Des marchands se ruinaient à vouloir la concurrencer alors qu'aucun ne versait de salaires aussi élevés que ceux que Françoise donnait à ses dentellières.  Ce fut à cette époque qu'elle fut introduite, afin de l'alléger, les fonds de neige et les cordes dans la dentelle de Valenciennes.


Dix-huit ans après son installation, Françoise Badar voyait sa maison bombardée par les armées de Turenne bientôt repoussées par Condé allié aux Espagnols. Malgré la guerre, elle continua son activité et, la paix revenue, développa son commerce vers Bruxelles, Anvers, Ostende, Reims.
En 1661, elle pouvait enfin être fidèle à la Communauté des Religieuses de la Sainte Famille dont elle devint supérieure. Elle acheta une grande maison pour héberger ses filles et y accueillir aussi deux ou trois cents ouvrières, orphelines ou filles déchues. Le profit de leur travail servait à les entretenir.

En 1667, une nouvelle guerre éclata entre la France et la République des Provinces Unies. Plus de cinq cents boulets tombèrent sur Valenciennes qui se rendit.  Tous les nobles Français se précipitèrent alors chez Françoise et lui achetèrent toutes ses dentelles, tant sa renommée était grande.
Françoise devait mourir dix ans après. Son action n’allait  pourtant jamais s'éteindre, puisque maintenant encore, la dentelle de Valenciennes se fait avec les cordes imaginées par Françoise Badar.
Emue, je continuais à écouter d'une oreille attentive mon intarissable amie. Elle disait que les dentelles confectionnées dans sa ville étaient bien plus blanches qu'ailleurs, que ce n'était pas l'humidité de la ville qui empêchait le fil de se casser, mais le goût et l'amour pour leur métier des dentellières valenciennoises. C'était en raison de la solidité et de la perfection de cette dentelle qu'on l'avait qualifiée « éternelle ».

   La semaine prochaine : la dentelle "éternelle" (suite)

 
6173 130 visiteurs
Mis à jour le 18 janvier 2019
 
Mentions légales-www.itnt.fr
bibliothèquetissuthèquereportagescoin des cartophilesvisite virtuellevente surprisefabrication / réparationformations en ligne nouveauté