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DENTELLE DE CHEVEUX (32e chapitre)

Je profitais de mon voyage en Normandie pour aller à Fontenay-en-Marmion, petit village dont j'avais entendu parler.
Dans notre Velay, on a fait de la dentelle avec du lin, de la soie, du coton, de la laine, du crin, de la paille, des fils métalliques, mais jamais, jamais, avec des cheveux! J'étais curieuse d'en voir la fabrication.

Les dentellières, que je rencontrais, me montrèrent sans difficulté leur travail et me donnèrent toutes les explications que je leur demandais.
Tout d'abord, le nom des outils étaient différents, le carreau devenait une boule, les fuseaux des bloquets, les pouchous, eux, s'appelaient des noquettes et protégeaient bien les fils embobinés sur les fuseaux. Quant au fil, il était remplacé par des cheveux blond, gris ou blanc, très longs.
En les voyant encore si brillants, si vivants, je pensais à ma sœur Isabelle qui avait vendu les siens pour acheter de la toile et confectionner son fameux jupon !

Le métier comportait un carton de forme ovale perforé de trous espacés d'un millimètre. C'est dans ces trous que la dentellière enfonçait les épingles après avoir croisé fils ou cheveux. Le carton était noir ou noirci avec de la teinture pour que les cheveux clairs puissent être vus plus facilement. Afin de rendre la bordure de la dentelle plus solide, le fuseau était embobiné de deux cheveux.
Le point utilisé était très simple puisque ce n'était qu'un fond « TulIe » que l'on appelle chez moi le « fond Filoche ». Mais ce que je ne comprenais pas très bien, c'était à quoi pouvait servir cette bizarre dentelle...

Mon étonnement fit rire ces femmes, aussi modestes et gaies que moi.
Quelle ne fut pas en effet ma surprise d'apprendre que ce travail si fin, si difficile (les cheveux étaient élastiques, il faut les tirer un peu pour mettre en place les croisements, mais pas trop pour que le travail ne vrille pas), ne servait qu'à faire des montures pour les perruques vendues à des manufactures de Paris !...
Avec un cheveu, la dentelle « n'avançait » pas vite, et je crois me souvenir que les dentellières rapides faisaient trois centimètres carrés à l'heure. Celle qui me parlait était aussi contremaîtresse pour le compte d'un manufacturier parisien. Elle avait trente-cinq dentellières sous ses ordres, auxquelles elle faisait des avances, puisque le patron n'envoyait d'argent qu'une fois par an.
Des dizaines de femmes trouvaient dans ce travail un salaire d'appoint, et aussi une raison de se retrouver tous les jours comme chez moi, pour parler, rire, chanter ou pleurer.
J'ai appris que les dentellières en cheveux se sont arrêtées de travailler en 1957 lorsque les cheveux ont été remplacés par le fil nylon ! ! !

   La semaine prochaine : la dentelle "éternelle"

 
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Mis à jour le 18 janvier 2019
 
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