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63 rayons de miel et ce n'est que le début...

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COUSINE ANNE L'APONCEUSE (18e chapitre)

 
Cousine Anne était une vieille demoiselle propre et raffinée, d’une cinquantaine d’années. Très pieuse, elle allait à la messe tous les dimanches et aussi deux fois par semaine. Le mardi, elle remontait la rue Pannesac pour se rendre à l’église du Collège. Sur le chemin du retour, elle achetait son café chez Casino et son pain chez Trescarte. Le vendredi, elle descendait la rue Pannesac pour aller à la messe à l’église Saint-Laurent.
Elle prenait alors son café au Zanzibar et son pain chez Rey. Changeant ainsi de commerçants et de bigotes, elle se tenait au courant des dernières nouvelles des deux paroisses, et prenait un innocent et malin plaisir à les amplifier en les colportant. Ce n’était pas péché, mais simple intérêt que l’on devait porter à son prochain. Bisseigne ! c’était la meilleure commère du quartier.
Vers sept heurs moins dix, nous quittions la maison ensemble, moi pour quelques commissions, cousine Anne pour se rendre à son travail. Avec elle, je ne risquais pas de « m’oublier » au lit ! Vêtue d’une robe noire, légèrement parfumée à l’eau de Cologne, elle traversait la rue pour entrer dans la belle maison pourtant le numéro 44. Cousine Anne était aponçeuse en dentelle chez monsieur Farigoule et gagnait deux francs par jour.


Monsieur Farigoule


Ce fabricant possédait un magasin extraordinaire. Imaginez une immense vitrine, haute et large, encadrée de larges volutes en bois sculpté. A l’intérieur de cette vitrine, on pouvait admirer une profusion de dentelles sur des draps, dessus de lit, rideaux, nappes, une orgie de blancheur dense ou transparente qui illuminait la rue.


Vitrines de dentelles
Cousine Anne aponçait toute la journée. Les dentellières la craignaient. Travaillant et avançant centimètre après centimètre sur la dentelle, elle en voyait tous les défauts, même les mieux dissimulés et ne se privait pas alors de se récrier :
- ça peut pas faire, la Jeanne ou la Christiane a encore finassé, elle a chipoté toute sa dentelle.
Son travail, minutieux, demandait une excellente vue. Elle devait, avec un fil plus ou moins fin selon la qualité de l’ouvrage, rapprocher les éléments en dentelle, dessinés et conçus spécialement, pour en faire un tout. Avec son aiguillée, elle réunissait d’une façon invisible des bandes ou des quilles pour en faire des napperons, et joignait de la même façon le début et la fin d’un encadrement en dentelle pour qu’ils deviennent des pochettes, ou encore des petits motifs à d’autres plus grands pour composer un volant, une berthe ou un châle.

Carreau Farigoule



La pièce de dentelle qui sortait finie de ses mains semblait avoir été faite d’un seul tenant. Il était impossible d’apercevoir le passage de son fil. Les cordes étaient nettes, la densité des mats était égale, les grilles régulières, les points d’esprit parfaits. Où donc était l’aponce ? C’était le secret et la fierté de cousine Anne.



  

 
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Mis à jour le 12 novembre 2019
 
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