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63 rayons de miel et ce n'est que le début...

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Reportages

LE GENERAL GALLIENI ET LES DENTELLIERES VELLAVES ET MALGACHES (16e chapitre)

 Photo : Dentellières de Tananarive 1901


Grands remous au Puy et dans les environs en cette fin du XIXe siècle. La leveuse, lors de sa tournée, en avait rapporté les échos dans notre village. On recrutait des dentellières pour aller enseigner leur métier aux indigènes de Madagascar. 

 Madagascar, personne ne savait si c’était une ville ou un pays. Certains prétendaient qu’il s’agissait d’une ville d’Afrique, d’autres une contrée vers l’Indochine. Pour en avoir le cœur net, maman demanda des renseignements à sa mère. Celle-ci avait un ami d’enfance, l’Irénée Aurand, originaire comme elle de Saint-Georges-l’Agricol, qui, devenu jésuite, était parti à Madagascar. Elle pourrait recueillir des informations auprès de la mère de l’Irénée.


Quelques temps après, ma mère put étonner les voisines en leur racontant que Madagascar était une île dont la capitale était Tananarive. Les habitants de l’île s’appelaient des Malgaches, et ceux de la capitale des Hovas. Quant à l’Irénée de son enfance, il était devenu un savant qui dirigeait l’observatoire de la capitale malgache. Bien avant et depuis la pacification, de nombreux prêtres et religieuses du Velay étaient partis évangéliser la grande île.

Madagascar, aussi pauvre que le Velay, allait s’inspirer de notre tradition dentellière qui avait donné à de nombreuses familles un salaire, dit d’appoint, mais, oh combien ! indispensable. Déjà en 1887, une dame Savarron avait donné des cours de dentelle à une cinquantaine de jeunes malgaches originaires de villages proches de Tananarive.


Sans installation onéreuse, en enseignant la dentelle aux femmes malgaches, intelligentes, douces, douées manuellement, il faudrait très peu de temps pour que leur production, vendue en métropole, puisse leur être une source de revenus non négligeable. Le projet soumis au général Galliéni lui plut, et sans perdre de temps, il lança un appel vers notre petit pays. En même temps, il demandait aux fabricants des dessins et des modèles nouveaux.
           Ma mère me raconta plus tard que les dentellières avaient ressenti ce projet comme une bonne œuvre, un acte de charité à accomplir vis-à-vis de femmes plus déshéritées qu’elles. L’idée du départ mûrissait de plus en plus sous certaines coiffes. Les demandes de renseignements se succédaient et s’accéléraient. Les animaux étaient-ils féroces? Y avait-il des routes? Mourrait-on des fièvres? De nombreuses questions étaient posées sur la nourriture et le logement.

Enfin, quelques dentellières quittèrent le Puy et embarquèrent à Marseille, sur un voilier, pour une longue traversée : la Méditerranée, le Canal de Suez, la Mer Rouge, l’Océan Indien, enfin Majunga. Ville sans port qu'il faut atteindre en pirogue. Elles atteignirent Tananarive en plusieurs étapes, parfois à pied ou portées dans des filanzana. Peut-on imaginer ces femmes en robe longue et coiffe, habituées au climat vellave, se retrouvant dans un monde inconnu, fait de chaleur, de poussière, d'insectes sans plus aucun de leur repère sécurisant?

                    
Je les imagine, mes braves compatriotes, rencontrant des peuplades inconnues, Tsimiety, Sakalava, traversant des villages aux maisons, aux murs en feuilles de palmier ou en pisé, recouvertes de chaume, s’émerveillant devant des manguiers, raphia, ou bananiers, admirant les couchers de soleil incendiaires sur les bords de la Betsiboko ou sur le plateau du Bongolava… Puis, elles vont découvrir Tananarive aux multiples collines surmontées des palais de la reine et du premier ministre. Elles ont dû se promener dans des ruelles tortueuses, passer devant d’étroites maisons à étages construites en pisé. Elles ont enfin rencontré leurs futures élèves, les épaules enveloppées d’un lamba blanc, visages clairs ou sombres, lèvres fines ou épaisses, cheveux lisses ou crépus rassemblés en tresses ou en deux grosses nattes se terminant, de toute façon, par une coque de chaque côté du visage.

Elles ont fait connaissance avec l’extraordinaire gentillesse des femmes Malgaches et leur ont appris toutes les astuces de leur métier de dentellière dans des cours spéciaux ouverts à l'école professionnelles de Tananarive. Le général Galliéni, qui s'intéressait particulièrement au bon déroulement du projet, avait demandé des dessins et des modèles nouveaux aux fabricants de dentelle du Puy. Lors de l'un de ses voyages en France, il avait amené avec lui deux jeunes filles malgaches pour leur faire suivre l'enseignement dentellier donné dans une école dépendant du syndicat des dentelliers et brodeurs parisiens. Cette école située rue de Charonne était dirigée par Madame Marguerite Charles qui a écrit des livres sur l’enseignement de la dentelle et de la broderie.

Les élèves étaient douées, habituées à natter, tresser ou tisser ; l’apprentissage a été pour elles un jeu d’enfant. Les Rasoa, les Noro ou les Nivo faisaient maintenant sauter les fuseaux. N’ayant plus rien à leur apprendre, les dentellières vellaves repartirent aussi simplement qu’elles étaient venues.

En s'inspirant des modèles de France, les Malgaches allaient inventer de nouveaux points très originaux puis, remplaçant le fil de lin par de la soie, confectionner des guipures d’une incomparable finesse. Encouragées par les dames de la haute société coloniale, les dentellières exécutèrent des cols, des volants de robe, des encadrements de mouchoirs, des napperons.

En 1903, les dentelles malgaches seront exposées au Musée Galliéra à côté de leurs célèbres aînées lors de la célèbre exposition de dentelles.


En 1916, des fabricants de dentelles de Haute-Loire dénonceront la concurrence faite par la grande île en raison du coût peu élevé de la main-d’oeuvre. En effet, la nouvelle réglementation française les obligeait à considérer les dentellières vellaves comme de véritables salariées, et en conséquence, à les payer convenablement…


Tout est vrai de vrai dans l’histoire de Marie et de sa famille sauf elle et sa famille mais sait-on..
Il y a eu une suite à cette histoire malgache….
J’ai vécu 13 ans à Madagascar et j’ai acheté des dentelles sur le zoma (marché) de Tananarive, aujourd’hui Antananarivo, J’ignorais que c’était des dentelles aux fuseaux ..
Plus de 30 ans après mon départ, je suis retournée sur la grande île pour la broderie !! J’y ai retrouvé des amis malgaches, deux ou trois Français et une dentelle et une broderie totalement abâtardies (je pouvais juger !). J’ai pu monter un dossier de formation à la dentelle et à la broderie avec la Caisse de Développement Economique Française. Une somme assez conséquente a été débloquée qui était gérée par les services administratifs français à Madagascar. J’ai mis les nombreux brodeurs malgaches en syndicat professionnel, le calquant sur celui du Groupement Français mais en l’adaptant à la législation malgache pour avoir un interlocuteur crédible pour l’administration française. Il a été le premier syndicat professionnel à Madagascar. Un centre de formation a été ouvert avec une présidente malgache et un chef de travaux venu de France. J’ai pu envoyer des Meilleurs Ouvriers de France en broderie blanche, en jours de Cilaos… Voulant terminer une dentelle à fils continus commencée il y a plus d'une siècle, et en faire le dernier noeud, j’ai envoyé Nathalie Hubert, dentellière au Centre d’enseignement du Puy pour l’enseigner ainsi que la mise en carte. C’est ainsi que plus de 1.200 femmes ont été formées à la dentelle et à la broderie. Que restera-t-il dans un siècle?

 
 
 

 
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Mis à jour le 16 aout 2019
 
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