Facebook Twitter

63 rayons de miel et ce n'est que le début...

63 rayons de miel et ce n'est que le début... 63 rayons de miel et ce n'est que le début...

Reportages

CONTES ET LEGENDES DU VELAY (5e chapitre)


LES FÉES

Le merveilleux a longtemps imprégné notre âme vellave. Il continue de l'être par le décor extraordinaire de nos montages aux reliefs surprenants faits de tables basaltiques, de cheminées volcaniques, de moutonnements bleutés qui se fondent dans l’horizon. Le climat accompagne cette ambiance particulière tout au long de l’hiver lorsque souffle la burle et que le brouillard et la neige donnent au paysage un aspect immatériel, inquiétant ou féerique.

Je me souviens des veillées d’hiver à l’oustau*, famille et amis bien au chaud autour de la cheminée, portes et fenêtres closes, nos mains occupées aux fuseaux ou à quelques sculptures pour les hommes, lorsque l’Isabelle ou le Jean commençaient à conter. Chacun tendait l’oreille aux histoires tant de fois entendues et qui, pourtant, faisaient frémir d’angoisse, soupirer d’émoi, glorifier Dieu et ses saints, mais aussi, croire aux fées.

Aux fées? Mais oui. Maintenant, les gens font les fanfarons, haussent les épaules, mon arrière-petit-fils, lui-même, ricane lorsque j’en parle. Le « tichin », le chimple* » ne prend plus le temps de voir et d’écouter.

Il y a bien longtemps, en Velay, vivaient des fées, bonnes et serviables que nous appelions les Bonnes Dames. Nous entretenions avec elles d’excellentes relations. Elles vivaient dans des grottes ou des souterrains, appelés Trou aux Fées, Cavernes des Fées, Grottes des Bonnes Dames. Nous ne les dérangions pas. C’étaient elles qui, parfois (mais c’était rare), entraient dans les maisons, jouaient avec les enfants ou mangeaient avec les maîtres du logis comme cela s’était passé à Nas-Bineyre.
La plupart du temps, elles ne se laissaient pas approcher et vivaient retirées dans les forêts. Tel fut le cas de celles qui habitaient au fond des bois de la Grisière dans le val d’Arlempdes. On a dit que des pêcheurs attardés les auraient vues glisser sur la Loire. La reine des fées, la Dame Blanche, demeurait dans la tour Mauriac d’Arlempdes. Cette énorme construction, bâtie au temps des Romains sur un piton rocheux, dominait une contrée désertique et sauvage. La Dame Blanche n’était pas craintive puisqu’elle intervenait avec bonheur pour punir les méchants et aider les malheureux.
Mais à côté du merveilleux profane, existait le merveilleux religieux, qui, celui-là, faisait vibrer nos cœurs.

Burle : grand vent de neige qui bâti des congères
l’oustau : maison
tichin », lchimple* : idiot, innocent


LE MIRACLE DE LA VIERGE DU PUY

L’histoire de la pierre des fièvres
Dans les temps très anciens, lorsque le Velay était encore couvert de profondes forêts ; du cratère du Puy, émergeait une roche sur laquelle se trouvait un dolmen. Pierre sacrée des Gaulois, autel vénéré, autour duquel nos ancêtres se réunissaient pour prier et obtenir la guérison des fièvres.

Dans le village de Ceyssac, proche du Puy, une noble dame se mourait des fièvres en son château. Dans son délire, elle invoqua la Vierge, mère des Gaulois. Aussitôt, une lueur céleste emplit la chambre et une dame merveilleuse apparut et lui dit "Va au Puy, étends-toi sur la pierre sacrée et tu seras guérie".

La noble dame donna des ordres pour être transportée sur la Roche du Puy et étendue sur la table de pierre, ce qui a été fait. Aussitôt des parfums et une douce lumière ont précédé la vision céleste qui se montra à nouveau. Elle prononça ces mots : "Je suis la Vierge mère, sois guérie, mais je te charge de dire à l’évêque du Velay, Georges, que, sur ce roc aride, il faut qu’il élève une église qui me soit consacrée". Dès ces paroles prononcées, la malade était instantanément guérie.

Des années plus tard, un paralytique, étendu aussi sur la table miraculeuse, se releva, guéri. La Vierge renouvela son souhait de voir une église construite sur cet emplacement.

Alors, les habitants du Puy, pour se conformer au vœu de la Vierge Mère, se réunirent sur la Roche du Puy. Il avait énormément neigé et, tout à coup, de nulle part, surgit un cerf, animal consacré au dieu du pays Vellamus, qui traça de ses sabots l’emplacement du sanctuaire. Afin que les traces ne s’effacent pas durant la nuit, des branches sèches furent plantées tout le long du parcours du cerf. Le lendemain, les habitants émerveillés virent ces branches sèches recouvertes de fleurs.

L'évêque du Puy, Vosy, partit pour Rome pour obtenir du pape l'autorisation de construire une basilique sur le rocher indiqué par la Vierge et serait élevée à l'emplacement d'un ancien sanctuaire païen. Scutaire, sénateur et architecte romain, était chargé par le Saint Père de la construction.

Scutaire commença aussitôt les travaux aidé par saint Arcons et de nombreux ouvriers. Hélas, le pain vint à manquer. Saint Vozy, qui passait à proximité, entendit leurs plaintes. "Amis, cria-t-il aux deux saints qui travaillaient en haut d’un mur, ces malheureux sont affamés, donnez-leur du pain". – "Si nous le pouvions, nous le ferions, digne seigneur, mais nous n’avons que les pierres de notre mur" répondit Scutaire. "Hé bien ! Jetez les pierres ! » Ce qui fut fait. Mais, ô miracle, à la place des pierres, ce fut des pains qui tombèrent en grande quantité du haut du mur. Les ouvriers reprirent courage et le saint sanctuaire fut rapidement terminé.
Cathédrale du puy-en-Velay sur le Mont Anis
L'évêque et Scutaire partirent à nouveau pour Rome afin d'obtenir la consécration de leur église par le Pape. En chemin, ils rencontrèrent deux vieillards qui leur conseillèrent de retourner d'où ils venaient, les chargèrent de reliques et disparurent sur ces mots : « Nous vous précédons et vaquerons à tout». Quand Vosy et Scutaire arrivèrent à Anis*, ils trouvèrent leur église baignée d'une lumière irréelle et les cloches animées par des êtres invisibles.

Depuis lors des foules immenses viennent au Puy demander à la Vierge, aide et protection.


*Telle serait, selon la légende, l'origine du sanctuaire. Cette pierre noire, rectangulaire, d’abord exposée sous le porche de la cathédrale, a été placée à l’intérieur dans la chapelle à gauche du choeur.
* Mont Anis sur lequel est construite la cathédrale


 
6544 870 visiteurs
Mis à jour le 8 novembre 2019
 
Mentions légales-www.itnt.fr
bibliothèquetissuthèquereportagescoin des cartophilesvisite virtuellevente surprisefabrication / réparationformations en ligne nouveauté